Gestion du stress (4) : Travail en entreprise, épuisement et leçons

Gestion du stress (4) : Travail en entreprise, épuisement et leçons dans Science Santé Société zen1-150x144Bonjour.

Dans ma série portant sur le stress, cet article a pour objet de donner un cadre de lecture au stress lié à l’activité professionnelle. L’idée est d’y regarder de plus près avec un regard objectif et positif, un regard constructif.  

En anglais burn-out, c’est-à-dire s’épuiser, ne plus pouvoir avancer…Etre brûlé. … Au delà de cet état ? 

Les sensibilités des personnes peuvent expliquées ce phénomène. Nous décrivons alors divers facteurs, observables et variables d’un individu à l’autre, pour expliquer l’épuisement professionnel que certains connaissent. Je vous en présente les grandes lignes ci-après.

Mais ce n’est pas tout. Ce phénomène de société décrit une maladie de société. Et à cette maladie, des remèdes peuvent être prescrits. Nous les évoquons donc aussi.

L’épuisement professionnel « touche entre 8 % et 10 % des hommes

 Selon Agnès Martineau-Arbes, médecin du travail, certaines réactions doivent alerter.  » Sur le plan émotionnel, le salarié peut se monter irritable, connaître des périodes d’insomnie ou d’hypocondrie ; sur le plan cognitif, il perd la mémoire et sa capacité de concentration ; sur le plan comportemental, il peut se réfugier dans l’alcool, le tabac ou la drogue et, enfin,sur le plan physique, il développe des pathologies comme des ulcères ou des lombalgies  » (l’entreprise.com) (note g).

Mais comment expliquer que certains salariés soient touchés et d’autre non ?

Comment peut-on être affecté par le burn-out ?

▲ La variabilité individuelle : stop à la culpabilisation des victimes !

Hans Selye a été le premier à s’interroger sur le stress. Il en a donné une définition et fait une description (h). Il en a tout de suite dégagé la caractéristique de variabilité : pour une même situation stressante, les réactions sont variables. Ou encore, différents symptômes de stress peuvent se manifester selon les personnes.

C’est ainsi que pour certains, le stress peut être bon (a). Ce niveau de stress aide la personne à être plus performante, réactive à son environnement, vivante.

Il y a donc un niveau de stress optimal, qui traduit  la dose biologiquement nécessaire à chaque individu pour fonctionner harmonieusement avec sa personnalité. Il appartient à chacun de repérer le sien (b).

▲ La variabilité environnementale : des situations professionnelles plus à risque …

Des chercheurs ont tenté de faire des typologies de l’environnement professionnel pour décrire des différences dans l’exposition au risque de stress. Est mise en évidence la relation entre le faible niveau d’autonomie et le risque de dépression : l’individu a peu de marge de manœuvre pour changer la situation et subit davantage (c). Cette notion de contrôle est affinée avec la prise en compte de la subjectivité de la situation de stress.

Un autre élément professionnel important est la relation entre l’effort accompli par la personne et la reconnaissance qu’elle en a par l’environnement de travail : quand il n’y a pas de reconnaissance un état de stress s’installe(d).

De ce point de vue là, l’organisation des postes de travail au sein de l’entreprise et le mode de management sont cruciaux. On retrouve alors les symptômes du stress dans les statistiques de l’entreprise : le taux d’absentéisme, le turn-over, les accidents, la baisse de productivité.

▲ Variabilité psychologique cognitive et affective (e)

L’évaluation subjective de la situation par l’individu est aussi importante. Elle repose sur 2 éléments :

Le Locus of control (LOC) décrit la tendance qu’a un individu d’attribuer les évènements heureux ou malheureux de son existence à des causes internes ou externes. Les personnes ayant un LOC interne auront tendance à penser que leur échecs et réussites dépendent d’elles et de leur travail. A l’inverse, avec un LOC externe, les personnes attribueront plus facilement leur désarroi et leurs échecs aux autres et auront moins l’impression de contrôler les évènements (f).

Le Coping est l’ensemble des efforts cognitifs et des stratégies d’ajustement comportementaux destinés à maîtriser, réduire ou tolérer les exigences internes ou externes qui menacent ou dépassent les ressources d’un individu.

Synthèse : une définition caractéristique

Le stress psychologique dans la sphère du travail est une réponse du travailleur devant les exigences de la situation pour lesquelles il doute de disposer de ressources nécessaires, et auxquelles il estime devoir faire face (Keyser & Hansez, 1996, et l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au travail).

Le stress a toujours 3 composantes du stress : une source (qui est l’agent stresseur), la réaction proprement dite (qui est le stress) au problème et l’attitude qui correspond aux effets observables sur les comportements de la personne ou sa santé et sur l’entreprise si la situation concerne un nombre important de salariés.

 Lecture de l’épuisement professionnel : ses voies de guérison

Selon Christophe Dejours, professeur au Cnam, les modifications des liens sociaux au travail et la désolidarisation entre collègues serait un agent stresseur explicatif du burn-out : il parle de pathologie de la solitude.

Pascal Chabot estime que cette maladie est surtout un mal de la relation.

Tisser du soutien social dans le collectif professionnel serait un moyen de prévenir l’épuisement professionnel. Il relève de la responsabilité de chacun et des managers, donc de vous !

Pour Mathieu Vidard, le burn-out « est d’abord une pathologie de civilisation. Marquée par l’accélération du temps, la soif de rentabilité », les exigences sociétales se multiplient.  Il reste alors à transformer cette expérience ;

Que naisse de cette expérience « un être moins fidèle au système, mais en accord avec ses paysages intérieurs » !

« Ni l’univers psychique des individus ni la pression sociale qui pèse sur eux ne suffisent à expliquer le burn-out. La reconnaissance, centrale dans la construction de l’identité, forme l’un des points-clés autour desquels s’articulent les enjeux du travail. Toutefois, Chabot note qu’elle n’est pas tout. “Être reconnu par une structure abstraite ne suffit pas. Ce qu’il faut, c’est célébrer ce je-ne-sais-quoi qui fait l’humain, ce qui donne son sens à l’activité.” »

Ce qu’il faut aussi, c’est rendre la vie professionnelle “digne d’être vécue” (…) : le plaisir du travail bien fait reste la meilleure prévention contre le burn-out. » (Jean Marie Durand).

Dans ce cas, redonner du sens à son activité est fondamental pour la personne touchée par le burn-out. On trouve alors les recommandations de la plupart des scientifiques : la solution réside dans le changement.

Sur un plan individuel, « le repos aide à retrouver un peu d’énergie mais ne guérit pas en profondeur le burn-out. Un réel changement doit être intégré dans la vie de ces personnes. Les solutions résident donc dans les prises de conscience de la nécessité de mettre en place de profonds changements dans sa manière d’être et de vivre. (…) Un accompagnement psychothérapeutique est donc souvent indispensable » (Psy.be).

Autre point : Pascal Chabot remarque que le burn-out touche en premier lieu les professions d’aide, les personnels soignants, enseignants, éducateurs. « De ce point de vue, le burn-out est l’indice de la difficulté de soigner, d’éduquer, de civiliser le sujet dans une société technicienne » (les inrok). L’épuisement professionnel atteste donc d’“un épuisement de l’humanisme”.

C’est un nouveau modèle de société qu’il faut inventer, où chacun retrouve sa place sans esclavage vis-à-vis du toujours plus de la société actuelle : plus d’argent pour quoi faire ? Plus de reconnaissance pourquoi donc ? …

Bonne réflexion, soyez vigilants et portez vous bien !

 

Sources

www.passion-psycho.fr/psychologie-du-travail
www.journaldunet.com/management
www.es-st.ac-versailles.fr
France Inter, La tête au carré, 5 février 2013, Mathieu Vidard
www.lesinrocks.com/2013/03/17 , Jean marie Durand
LEntreprise.com, 26/09/2012, Tiphaine Thuillier
Lentreprise.lexpress.fr/ressources-humaines
www.psy.be
www.huffingtonpost.fr/pascal-chabot

 Notes

(a) approche interactionniste du stress
(b) Chalvin
(c) Karasek
(d) Siegriest
(e) approche transactionnelle du stress
(f) Lazarus & Folkman :
(g) Il peut s’agir d’une baisse d’estime de soi, d’un sentiment d’infériorité ou encore d’un sentiment d’insatisfaction au travail, une sensibilité et une nervosité accrue, des crises de larmes et de nerfs et sensations de mal-être. Au japon, en situation extrême d’épuisement professionnel il y a eu des cas de mort subite de l’individu dénommé « Karoshi », mot signifiant « mort par excès de travail ». Le Karoshi touche principalement des employés qui travaillent 24h/24h.
(h) Sur ce blog : gestion du stress (1) dans santé /médecine

2 commentaires à “Gestion du stress (4) : Travail en entreprise, épuisement et leçons”


  1. 0 gérard 29 avr 2013 à 8 h 11 min

    Cette analyse est intéressante. Deux éléments complémentaires: 1. Bon stress : Il est de plus en plus contesté que le stress puisse être « bon ». Lire à ce sujet les recherches des universitaires québécois Eric GOSSELIN et Sonia LUPIEN. En tout cas, il est démontré que tout stress permanent est néfaste pour la santé. 2.Pluridisciplinarité : Il serait intéressant d’élargir cette approche du stress au travail à d’autres disciplines que la psychologie. Sont ainsi à conseiller : a)GOLLAC M., VOLKOFF S., Les conditions de travail,Ed. La Découverte. L’analyse de sociologues. b)BAUGÉ J., PIERREJEAN D., Mal-vivre au travail : stress, harcèlement, mondialisation, Ed. Paulo-Ramand. L’analyse d’un médecin du travail. c)ASKENAZY P.,Les désordres du travail.Ed. Seuil.L’analyse d’un économiste.

    Répondre

    • 1 c'est le rêve 29 avr 2013 à 9 h 56 min

      Je vous remercie Gérard pour ces apports. Les lecteurs vont pouvoir approfondir cette question grâce à vos indications précises. Bonne journée.

      Répondre

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