Santé psychiatrique comme un reflet de nos âmes à tous

Il est beaucoup question de psychiatrie dans nos sociétés actuellement. Pour preuve : les « une » fréquentes que notre presse télévisée et écrite française consacre à des pathologies telles que l’autisme et des troubles bipolaires ; le plan Alzheimer officialisant la nécessaire prise en charge de ces malades en 2008 en France…

J’ai eu envie de regarder ces pathologies sous un angle différent de la description de la vie des malades, comme cela nous est souvent, et justement, proposé. Mais avant, je reprends brièvement l’histoire qui met en lumière, somme toute, une discipline scientifique récente qui a rapidement évolué.

Bref historique de la psychiatrie

La psychiatrie, en tant que discipline spécifique (médecine de l’esprit au sens littéral), se constitue au 19ième siècle (Jacques Hochman (2011), « Histoire de la psychiatrie, collection que sais-je).

Au début du 20ième siècle, un tournant s’opère : organisation du mouvement psychanalytique par les élèves de Freud que sont Adler et Jung, la description des pathologies (Alzheimer (1906), Creutzfeld et jacob (1920), description de la schizophrénie par Bleuler (1911)). C’est aussi le début de la neuropsychiatrie avec l’électro-encephalogramme (Berger (1929)) ou la cartographie des aires du cerveau par Brodman. (Professeur Thierry Bougerol, Université Joseph Fourrier, faculté de médecine de Grenoble). Et ce sont les thérapies de choc : déclenchement de crises convulsives (par les électrochocs, l’insuline ou d’autres substances) ou certaines interventions mutilantes sur le cerveau (lobotomie).

La découverte des médicaments se fait après la seconde guerre mondiale, avec l’arrivée des antipsychotiques (neuroleptiques par Henri Laborit notamment (1952)), des antidépresseurs (1957 par Roland Kuhn) et des tranquillisants : la re-socialisation de milliers d’internés peut être envisagée.

Bipolaire : mal du société ou société malade ?

Auparavant qualifié de trouble maniaco-dépressif ou de cyclothymie, le trouble bipolaire est classé comme sixième cause de handicap chez les personnes de 15 à 44 ans. Selon les spécialistes, ce trouble serait sous diagnostiqué, c’est-à-dire notamment repéré longtemps après le début de la maladie, empêchant ainsi toute prise en charge préventive.

Le nouvel observateur du 7 au 13 janvier 2013 titrait : « bipolaire, le nouveau mal du siècle ». En voici des extraits : «  Longtemps la maladie bipolaire a été réservée aux adolescents et aux adultes de moins de 50 ans. Désormais, on s’acharne chez les vieillards et les bébés ». En 1996, une équipe américaine a fait l’hypothèse que les enfants hyperactifs avec troubles de l’attention masquent en fait la bipolarité. « Depuis, sous la pression de l’industrie pharmaceutique, ce concept de bipolarité cachée s’est répandue (…) 12 millions d’enfants, juste un peu dissipés ou turbulents » sont ainsi placés sous médicaments psychotiques. « Or, il se trouve que la plupart des innovations chimiques concernant le trouble bipolaire sont inutiles, voire nuisibles : leur efficacité est semblable à celles des placébos, ne s’en distinguant que par leurs fâcheux effets secondaires » (Fabien Gruhier, p82-83).

« Le risque de tous nos tremblements d’âme est donc bien là. Le marché des antipsychotiques atypiques représente aujourd’hui un chiffre d’affaires de 18 milliards de dollars, soit le double des antidépresseurs en 2001 » (Elsa Vigoureux, p 81-82 qui reproduit des propos de Mikkel Borch-Jacobsen, auteur de « la fabrique des folies »).

N’est-ce-pas une certaine forme de fuite en avant à laquelle nous assistons là ? En dehors de son aspect macro-économique clairement souligné ici, il me semble pouvoir retenir qu’en traitant massivement les changements brusques d’humeur de ces patients, c’est une leçon spirituelle essentielle que la société d’aujourd’hui évite.

Les enseignements spirituels insistent sur le fait que les pensées et les émotions passent, traversent l’individu de façon incessante et que la liberté de chacun réside justement dans sa capacité à les observer et les laisser ainsi passer sans s’y accrocher.

Nos sociétés d’aujourd’hui s’y agrippent en considérant comme malades de façon outrancière ceux qui nous rappellent qu’il est temps de ne pas laisser nos pensées et nos émotions régir nos humeurs.

 « 3 millions de français seraient aujourd’hui diagnostiqués bipolaires par les psychiatres, les psychologues et les généralistes. Ce chiffre est peut être le signe d’un autre trouble, réel et social cette fois ci. (…) celui d’une société impuissante. Où la pression des normes comportementales augmente, où on ne supporte plus l’étrangeté, la bizarrerie, la fatigue. Tout ce qui déborde. Où la souffrance est dépolitisée, pour être individualisée, psychiatrisée » (Elsa Vigoureux, p 81-82 qui reproduit des propos de Lise Demailly, auteur de « Sociologie des troubles mentaux »).

Alzheimer … De quoi méditer

Voici un extrait d’une chronique de Daniel Meurois qui nous invite aussi à un changement de regard.

 « C’est en réfléchissant, l’autre soir, à cette tragédie individuelle et sociale que je me suis soudain pris à changer d’altitude…. Je veux dire à poser un regard différent sur certains des symptômes lourds que manifeste actuellement notre espèce. (…)
Je nous ai observés, partiellement ou complètement amnésiques, en perte d’identité et de repères, errant ici et là, interrogatifs quant à notre origine et rarement aptes à nous centrer avec cohérence sur le moindre objectif digne de ce nom. (…)  Oui, c’est exactement cela… c’est le fond de notre âme qui est touché par sa propre maladie de l’Oubli… Nous tournons très majoritairement en rond, souvent atteints d’une kyrielle de troubles obsessionnels compulsifs, ayant rarement un but, généralement dénués d’intérêt (…).

En résumé, je nous ai vus avec notre passé qui ressemble à une énigme, avec notre futur qui n’est pas envisagé et avec notre présent étriqué dont nous sommes incapables de jouir, ne serait-ce qu’en y plantant un peu de joie.

Dramatique ? D’une certaine façon, oui, bien sûr… si ce n’est qu’une maladie, quelle qu’elle soit, a sa vertu enseignante, même si on refuse celle-ci, même si on dit s’en moquer, même si on se rebelle. Tôt ou tard, elle nous renvoie à nous, devant nos failles et nos gouffres d’inconscience. L’image est évidemment classique mais, pour usée qu’elle soit, on n’en comprend pas nécessairement tous les développements. »

Et l’autisme …

L’autisme infantile est un trouble du développement humain défini à l’origine par Léo Kanner en 1943 (Wikipedia). La classification internationale de l’Organisation Mondiale de la Santé (CIM-10, version 2010) le caractérise comme un « Trouble envahissant du développement caractérisé par : la présence d’un développement anormal ou déficient qui se manifeste avant l’âge de trois ans ; une perturbation caractéristique du fonctionnement dans chacun des trois domaines suivants de la psychopathologie : interactions sociales, communication, comportement au caractère restreint, stéréotypé et répétitif ».

Nos sociétés occidentales ne sont elles pas, elles aussi, souffrantes dans leur modèle de relations sociales qui laissent tellement de personnes face à la solitude ? Souffrantes dans la communication : entendent-elle vraiment ce que les individus qui la composent disent ? Souffrantes en tolérance et en innovation véritable de leur mode de fonctionnement ?

Bonne journée et soyez en paix !

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